Après le naufrage de migrants dans la Manche, cinq passeurs interpellés
25/11/2021 17:22
Une cinquième personne soupçonnée d'être un passeur a été arrêtée dans la nuit de mercredi 24 à jeudi 25 novembre, au lendemain du naufrage de 27 migrants dans la Manche, une tragédie inédite sur cette voie migratoire au centre d'une réunion de crise à Matignon.

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Des migrants secourus en mer par un bateau de la RNLI attendent sur une plage de Dungeness, au sud-est de l'Angleterre, le 24 novembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le Premier ministre Jean Castex tient en matinée une réunion interministérielle sur "les traversées de migrants dans la Manche à la suite du naufrage dramatique".

Devaient être présents à cette réunion les ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, de la Justice, Eric Dupond-Moretti, des Armées, Florence Parly, de la Mer, Annick Girardin, des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le secrétaire d'État à l'Europe, Clément Beaune, avait indiqué Matignon mercredi 24 novembre.

Parmi les victimes figurent 17 hommes, sept femmes et trois jeunes, ainsi que deux survivants, selon la procureure de Lille. Il y aurait un adolescent et 3 enfants parmi les victimes, a précisé une source policière.

Les deux survivants, un Irakien et un Somalien, étaient en "grave hypothermie hier" mais "un peu mieux aujourd'hui", a indiqué jeudi 25 novembre sur RTL le ministre, précisant qu'ils allaient être rapidement entendus.

Quatre passeurs présumés avaient été arrêtés mercredi en fin d'après-midi 24 novembre, suspectés d'avoir un lien avec la tragédie, avait indiqué le ministre en déplacement à Calais.

Selon Gérald Darmanin, le cinquième passeur arrêté dans la nuit de mercredi 24 à jeudi 25 novembre avait "une plaque d'immatriculation allemande". Il avait "acheté des zodiacs en Allemagne", a-t-il ajouté, indiquant n'avoir aucune précision sur les circonstances du drame.

Le drame s'est déroulé sur un "long boat", un bateau gonflable fragile au fond souple dont l'utilisation par les passeurs s'est accru depuis l'été. Le bateau était parti de Dunkerque, selon une source proche du dossier.

L'épave a été saisie et sera examinée pour éclaircir les causes du naufrage, a indiqué la procureure.

Vue aérienne de la Manche.
Photo : AFP/VNA/CVN

La Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lille a été saisie de l'enquête, ouverte pour "aide à l'entrée et au séjour irréguliers en bande organisée", "homicide et blessures involontaires" et "association de malfaiteurs".

La police aux frontières, la gendarmerie maritime et l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et l'emploi des étrangers sans titre (Ocriest) sont saisis, selon la source policière.

"Organisations mafieuses" 

"Depuis le 1er janvier, nous avons arrêté 1.500 passeurs", a assuré M. Darmanin jeudi 25 novembre. Des passeurs qui fonctionnent comme des "organisations mafieuses" qui "relèvent du grand banditisme" avec l'utilisation notamment de "téléphones cryptés".

Il y a des "associations de malfaiteurs" en Belgique, en Allemagne et en Angleterre, a affirmé le ministre, soutenant que les pays devaient travailler "ensemble" sur ce sujet.

Le drame, redouté par les autorités et les associations, est de loin le plus meurtrier depuis l'envolée en 2018 des traversées migratoires de la Manche, face au verrouillage croissant du port de Calais et d'Eurotunnel, empruntés jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre.

Les tentatives de traversées de la Manche à bord de petites embarcations ont doublé ces trois derniers mois, avait récemment mis en garde le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux.

Au 20 novembre, 31.500 migrants avaient quitté les côtes depuis le début de l'année et 7.800 migrants avaient été sauvés. Une tendance qui n'a pas baissé malgré les températures hivernales.

Selon Londres, 22.000 migrants ont réussi la traversée sur les dix premiers mois de l'année.

"Choqué, révolté et profondément attristé", le Premier ministre britannique Boris Johnson a assuré sur Sky News vouloir "faire plus" avec la France pour décourager les traversées illégales, pointant les désaccords franco-britanniques.

"La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière", a réagi de son côté Emmanuel Macron, réclamant "une réunion d'urgence des ministres européens".

Lors d'un entretien dans la soirée, MM. Johnson et Macron "ont convenu de l'urgence d'intensifier les efforts conjoints pour empêcher ces traversées mortelles", selon un porte-parole de Downing Street.

Avant ce naufrage, le bilan humain depuis janvier s'élevait à trois morts et quatre disparus, après six morts et trois disparus en 2020.

À Calais, un "cercle de silence" aura lieu jeudi 25 novembre à 18h30 pour rendre hommage aux migrants noyés, au cours duquel des militants d'associations d'aide aux migrants comme des migrants eux-mêmes pourront prendre la parole.

AFP/VNA/CVN