Archipel de Cat Bà : attention, fragile !
02/08/2014 16:44
L’archipel de Cat Bà, ville portuaire de Hai Phong (Nord), a été reconnu en 2004 par l’UNESCO comme Réserve mondiale de biosphère. Mais la surexploitation des ressources et le tourisme font peser une lourde menace sur cet écosystème fragile.

>>La protection du milieu marin au cœur de la stratégie maritime

D’une superficie de 300 km², l’archipel de Cat Bà, district insulaire de Cat Hai, ville portuaire de Hai Phong (Nord), compte plus de 300 îles et îlots. L’île principale abrite 100.000 personnes. C’est l’un des plus grands archipels du Vietnam ainsi que l’un des plus peuplés.

Le développement rapide de l’aquaculture est l’une des causes de la pollution.
 Photo : An Dang/VNA/CVN


L’archipel présente une remarquable mosaïque d’écosystèmes avec montagnes karstiques couvertes de forêts, mangroves, récifs coralliens, tapis d’algues marines... On y a recensé plus de 3.100 espèces animales et végétales, dont plus de 1.560 végétaux, 160 d’oiseaux, 45 de reptiles, 21 d’amphibiens et plus de 1.300 espèces d’organismes marins. Beaucoup sont inscrites dans le Livre Rouge des espèces menacées du Vietnam, voire celle du monde (cas du Langur de Cat Ba, une espèce de primate endémique de l’archipel, par exemple). Avec une telle biodiversité, l’archipel été reconnu en 2004 Réserve mondiale de biosphère par l’UNESCO.

Ces dix dernières années, en raison de la surexploitation, les ressources maritimes ont régressé, parmi elles 13 espèces animales de haute valeur économique. Quatre de ces dernières sont même en voie de disparition, dont les mollusques Panopea generosa et Perna viridis.

Les résultats d’une récente enquête réalisée par l’Institut de recherche sur les produits halieutiques, dans le cadre du projet «Recherche de solutions pour préserver et développer les ressources animales de haute valeur économique dans la région maritime de Bach Long Vi et de Cat Ba», montrent que les espèces coralliennes ont connu une nette régression durant la période 1993-2011, de plus de 60%.

Quelles solutions ?

Selon Nguyên Van Hiêu, de l’Institut de recherche sur les produits halieutiques, cette situation est moins imputable à des phénomènes naturels (sédimentation) qu’à l’action humaine. En tête, la surexploitation des ressources halieutiques pour les besoins des habitants eux-mêmes mais surtout des touristes, voire de l’export. Deuxième cause, le développement rapide, voire anarchique, de l’aquaculture qui s’accompagne d’une pollution de l’eau et d’épizooties. L’aquaculture est devenue la principale source de revenus de la plupart des familles vivant dans les baies de Cat Bà. Les fermes aquacoles intensives se sont implantées au détriment de l’écosystème côtier, en particulier des mangroves. Actuellement, on compte 12.000 cages à poissons contre 8.000 en 2005.

L’usage massif de médicaments est source de pollution des eaux côtières et présente un risque pour les poissons sauvages environnants, de même que les rejets de déchets. Enfin, troisième facteur et non des moindres : le tourisme. A côté de ses impacts positifs sur l’économie locale, le développement touristique a perturbé les écosystèmes à cause des rejets massifs de déchets. Tourisme et protection de l’environnement, un équilibre souvent difficile à trouver...

L’archipel de Cat Bà, Réserve mondiale de biosphère.
Photo : Quang Quyêt/VNA/CVN


Selon Nguyên Van Hiêu, il est temps de remettre les choses à plat pour concilier protection du milieu marin et développement socioéconomique. Les deux ne sont pas antithétiques, au contraire, ils vont très bien de pair à condition de bien en choisir les orientations. La première des priorités est d’accélérer la création de la Réserve maritime de Cat Bà, qui se traduira par des mesures de gestion des ressources strictes, la préservation de la biodiversité, la restauration des récifs coralliens. Ensuite, il faudra sensibiliser les habitants au moyen de campagnes d’information, les encourager à exploiter en tenant compte du renouvellement naturel des stocks, bref exploiter en pensant aux générations futures. Une conception qui n’est pas encore entrée dans les mœurs, loin de là. Il faudra restaurer les massifs de coraux durs dans les régions les plus dégradées, élaborer des projets de reproduction artificielle d’espèces animales de haute valeur économique.

De leur côté, les acteurs économiques devront mieux gérer l’aquaculture intensive de même que l’exploitation et la transformation des produits aquatiques afin de limiter la pollution (organique, chimique, bactériologique, génétique...). Il faudra aussi revoir l’aménagement touristique, car ce qui dégrade le plus intensément et de manière irréversible le littoral, la nuisance principale, demeure le béton. La frénésie de bétonnage doit cesser ! Ne jamais perdre de vue que les paysages dilapidés par des constructions d’architecture le plus souvent médiocre, entraîne la perte de leur identité et de leur attrait pour les touristes.


L’archipel de Cat Bà

Signifiant littéralement «l’île des Dames», Cat Bà a sa légende : trois femmes de la dynastie des Trân ont été tuées ici, et dont les corps, récupérés sur trois plages différentes par les pêcheurs, ont chacun été honorés d’un temple. L’histoire de l’île est ancienne puisqu’on a découvert des traces d’habitation remontant à près de 6.000 ans, parmi les premiers habitants de cette zone du territoire national. Tous ceux qui aiment la nature, la détente ou l’aventure ne seront jamais déçus car cette île qui, considérée comme la perle du golfe du Bac Bô (Tonkin), a à leur offrir de belles plages de sable fin. Dispersées tout le long du littoral de cette île, elles sont majoritairement adossées à des montagnes et roches calcaires, donnant l’impression à leurs visiteurs d’être dans un vrai paradis. Certaines de ces plages sont toujours peu fréquentées, ce qui en fait un lieu idéal pour ceux qui souhaitent se reposer ou, plus simplement, apprécier la nature ou pratiquer un sport.

 

Huong Linh/CVN