Coronavirus : au Venezuela, "à la pêche au wifi" pour assister aux cours à distance
17/10/2020 17:55
Le matin, l'unique souci de Jonathan est de trouver la connexion wifi que sa voisine lui prête pour télécharger ses devoirs sur WhatsApp. En pleine pandémie, les écoliers vénézuéliens ont cours à distance, mais ils doivent composer avec la désastreuse couverture Internet.

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Francisco Rodriguez, 15 ans, devant chez lui à Caracas, le 7 octobre.
Photo : AFP/VNA/CVN

"C'est compliqué. Parfois je ne comprends rien du tout", souffle Jonathan Figueroa, 14 ans, élève dans un établissement public de Caracas. Et cela fait plus de six mois que cela dure. Mi-mars, lorsque le président Nicolas Maduro a décrété un confinement pour lutter contre la propagation du coronavirus, les 8,2 millions d'élèves vénézuéliens ont été exemptés de cours "en présentiel" et les classes à distance par internet ont été généralisées.

Mais la famille de Jonathan, comme la majorité des Vénézuéliens, n'a pas les moyens de lui payer un ordinateur. Jonathan vit dans un appartement d'un quartier populaire composé d'une seule pièce qu'il partage avec sa mère Viviana et le chat, Chocolat. Pour accéder à internet, il doit s'asseoir chaque matin sur le pas de sa porte, en espérant récupérer le wifi. Ses échanges avec ses professeurs se limitent à des messages, quelques lectures et l'envoi de devoirs sur WhatsApp.

Au début du confinement, Jonathan n'avait que le téléphone de sa mère pour étudier. Puis, des employeurs de Viviana, qui travaille comme employée de maison, lui ont offert une tablette d'occasion. Mais avec une connexion aléatoire et un cadre de travail précaire, Jonathan se sent de plus en plus "largué". "Non seulement je fais mal mes devoirs, mais en plus je perds du temps", se lamente-t-il. Comble de malchance, Jonathan et sa mère ont contracté le coronavirus en juillet. Ils s'en sont sortis depuis.

Officiellement, quelque 85.000 cas de COVID-19 ont été recensés au Venezuela, pays de 30 millions d'habitants, pour un peu plus de 700 décès liés à la maladie. Des chiffres dont l'opposition et certaines ONG affirment qu'ils sont délibérément sous-estimés. "Nous avons eu le COVID-19, et puis Dieu a voulu que nous connaissions certaines personnes", avance Viviana, en pointant la solidarité de voisins qui l'ont soutenue en lui apportant de la nourriture et de l'eau alors qu'elle souffrait du virus avec son fils.

Salaire mensuel de 2,5 USD

Au Venezuela, pays plongé dans une très grave crise économique, quand internet fonctionne, la connexion est l'une des plus lentes du monde. Selon le site Speedtest, le pays sud-américain était en août à la 169e position sur 174 pays testés en termes de débit fixe.

Des parents inscrivent leurs enfants dans une école de Caracas, le 7 octobre.
Photo : AFP/VNA/CVN

Luzmar Rodriguez et Francisco, un couple de médecins, en savent quelque chose. Ils vivent dans un quartier de la classe moyenne de Caracas et leur connexion devrait permettre à leurs enfants inscrits dans le privé de suivre les cours à distance, organisés par téléconférence. Sauf que... il leur arrive de circuler en voiture dans Caracas "à la pêche" à une connexion wifi acceptable.

"Tu leur achètes (aux enfants, ndlr) un ordinateur, une imprimante, internet et un portable", et puis à cause de quelque chose d'aussi anodin que la pluie, "rien ne fonctionne plus", soupire Luzmar. Son fils aîné Francisco Junior a assisté à sa rentrée des classes en étant connecté sur son ordinateur... depuis le parking d'une pharmacie. Et quand il doit passer un examen, Luzmar ne va pas travailler, au cas où elle devrait le conduire à travers Caracas en espérant trouver une connexion wifi.

À l'autre bout de la connexion, les enseignants disent avoir d'autres raisons de se plaindre. À la rentrée en septembre, certains ont manifesté pour réclamer des "salaires dignes" et se sont mis en grève. À l'image de Morelis Carruido, professeur d'histoire-géographie dans le public à Caracas. Avec l'hyperinflation, son salaire équivaut "à 2,5 USD par mois", raconte-t-elle. Elle vit dans une telle précarité qu'elle doit aussi "coudre, tricoter, préparer des gâteaux, cuisiner, enfin tout ce qui permet de me maintenir".

Selon José Gregorio Castro, directeur du lycée où enseigne Mme Carruido, "plus de 70% des élèves n'ont pas internet". "Certains n'ont même pas le gaz, ils cuisinent au feu de bois", renchérit Morelis Carruido. "Comment peuvent-ils progresser via l'éducation en ligne s'ils n'ont pas de quoi satisfaire leurs besoins les plus élémentaires ?".

AFP/VNA/CVN