Dix jeunes canadiens dans un village Dao
14/04/2013 16:44
Dix jeunes canadiens sont venus apporter leur aide aux Dao de la province de Hoà Binh (Nord). Occasion pour eux de découvrir les caractéristiques culturelles de cette ethnie minoritaire.

L’automne dernier, j’ai eu le plaisir de m’entretenir de la culture vietnamienne avec un groupe du Vietnam Canada Volunteur Youth Exchange… Groupe très sympathique composé de 20 garçons et filles, dix Canadiens et dix Vietnamiens. Ils viennent de terminer l’enseignement secondaire ou les premières années de l’enseignement supérieur. Les jeunes volontaires canadiens vont passer trois mois dans une localité du Vietnam, logeant chez les habitants et partageant leur vie quotidienne avec eux, apportant une aide aux activités sociales de la communauté, en particulier aux œuvres de charité. Les jeunes vietnamiens en feront de même au Canada.

Les Dao s’éparpillent dans les régions montagneuses allant de Quang Ninh (Nord) à Nghê An (Centre). Photo : Phuong Hoa/VNA/CVN


Cette fois-ci, les Canadiens vont vivre dans un village Dao (prononcer Dzao) de Hoa Binh (ce nom signifie Paix), une province semi-montagneuse arrosée par la Rivière Noire (Sông Dà), à moins d’une centaine de kilomètres à l’Ouest de Hanoi. Hoà Binh est le pays de la minorité ethnique Muong (70% de la population). Elle compte plus de 20% de Kinh (Vietnamiens de la majorité ethnique au Vietnam), plusieurs autres ethnies minoritaires dont les Dao (moins de 2%). En dehors de Hoà Binh, les Dao habitent éparpillés dans les provinces frontalières de Quang Ninh à Nghê An.

Les ancêtres des Dao

Au Vietnam, tandis que les Mông s’établissent sur les hauts sommets et que les Kinh préfèrent la plaine, les Dao choisissent les flancs de montagne sans dédaigner pour autant les pics et les vallées. De là, la diversité de leurs cultures et de leurs maisons : sur les hauts sommets (maïs, maisons de terre de plain-pied), sur les flancs de montagne et les collines (culture du riz sec sur brûlis), au pied des montagnes (culture de riz en terrain inondé comme chez les Kinh, maisons sur pilotes). La sédentarisation, encouragée par le gouvernement, remplace de plus en plus le nomadisme. Les ancêtres des Dao vivaient au Sud du Yangtsekiang en Chine. L’émigration Dao vers la Chine du Sud (majorité) et le Sud-Est asiatique (Laos, Myanmar Thaïlande) au XIIIe siècle, a duré jusqu’au début du XXe siècle.


L’ancêtre des ancêtres Dao était Bàn Hô dont le nom royal était Bàn Vuong. Ce demi-dieu d’origine canine, d’après la légende, avait un corps long de trois mètres, drapé d’un pelage noir à rayures jaunes. Descendu du Ciel, il fut adopté par le roi Binh Hoàng. Ayant réussi à couper la tête à un ennemi agresseur du royaume, il fut récompensé par le souverain qui lui donna sa fille et le fief de Coi Kê. Le couple eut six garçons et six filles, lesquels devenant les chefs de douze lignées familiales Dao. Les membres de la branche aînée porteraient le patronyme Bàn.

Il existe un autre ancêtre mythique, Bàn Cô, dieu démiurge qui était l’ancêtre de toute l’humanité, il avait crée tout l’univers à partir du chaos. Les deux ancêtres Bàn Hô (Bàn Vuong) et Bàn Cô fusionnent souvent dans le culte des Dao. Les groupes de Dao se distinguent souvent par certains détails vestimentaires. (Dao rouges, Dao aux sapèques, Dao au pantalon à jambes serrées, Dao à robe longue, Dao à pantalon blanc).

Le câp sac (délivrance du brevet sacré) est la cérémonie la plus importante des Dao. Photo : Thanh Hà/VNA/CVN


Les Dao, animistes, croient que les êtres et les choses ont une âme. Il existe des fantômes et des démons, bons ou mauvais, qu’il faut adorer. L’univers a trois étages : en haut le ciel, où séjournent les divinités et les géants ; les hommes et autres êtres vivants vivent au milieu, sur la terre ; et sous la terre et dans les eaux habitent les nains.

Les âmes humaines retournent au pays d’origine à Duong Châu (Chine) maints font la navette entre cet endroit et le monde humain pour aider leurs famille, de là le culte des ancêtres dédié en même temps à Bàn Vuong sur le même autel. Les Dao adoptent trois religions conjuguées : confucianisme, bouddhisme et taoïsme.

Le câp sac, un rite important

L’influence prédominante du taoïsme populaire se manifeste dans les rites et les pratiques magiques. Typique à cet égard est une riche collection d’images de culte déployées à l’occasion des cérémonies jumelles. Citons comme exemple l’image très connue des Tam Thanh (les trois divinités de la pureté) représentant le Thai cuc (le premier Principe). Il y a aussi des divinités du yang (principe mâle) et yin (principe femelle).

En dehors des cérémonies honorant Bàn Vuong et les ancêtres, la cérémonie du plus importante est le câp sac. (délivrance du brevet sacré). C’est une cérémonie initiatique. À l’encontre des autres rites de passage (mariage, funérailles), l’initiation est marquée par la personnalisation du rituel, même quand elle est célébrée collectivement, elle confère plus de savoir et de pouvoir à l’initié. Comme pour d’autre société non individuelle, les rites initiatiques câp sac des Dao sont très complexes et liés aux symboles religieux de groupes ethnies.

Tout individu mâle à partie de 12-16 ans, droit passer par le câp sac pour être admis comme membre à part entière de la communauté villageoise. Il reçoit à cette occasion un nom religieux qui ne sera invoqué que pendant les cérémonies rituelles. Le sac (brevet sacré) reconnaît que l’initié appartient par le sang à une lignée de Bàn Vuong qui lui a transmis l’énergie vitale du groupe.

Au cours de la cérémonie, le sorcier lui remet cette sorte de talisman contenant l’identité de l’intéressé et des recommandations à son adresse, écrites en idéogrammes Viêt (nôm). Le câp sac porte un autre nom : lâp tich (purification). Pour purifier l’âme de l’initié et l’éloigner des esprits malfaisants, on lui fait porter sur la tête et les épaules des lampes à huile dont le nombre varie selon les cas prescrits par les rites.


Huu Ngoc/CVN