Insertion socio-économique des femmes d’origine ethnique
07/05/2022 09:34
La vie des femmes de minorités ethniques est souvent limitée aux tâches domestiques. Nombreuses sont celles qui s’extraient de cette destinée tracée d’avance en participant aux activités touristiques et économiques. Exemples dans certaines provinces montagneuses du Nord.

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Luong Thi Hông Tuoi, de l’ethnie Thai, district de Môc Châu, province de Son La, prépare des lits pour accueillir les visiteurs de passage.

Luong Thi Hông Tuoi, de l’ethnie Thai, vit dans le village de Vat, commune de Muong Sang, district de Môc Châu, province de Son La. En 2017, elle a décidé de se lancer dans le homestay (séjour chez l’habitant).

Sa demeure est en mesure d’accueillir jusqu’à 20 personnes, ce qui lui rapporte une source de revenu appréciable et lui permet donc de vivre plus confortablement. "Dans le passé, les activités agricoles ne nous donnaient que de modestes revenus. Cela a changé depuis que nous avons commencé à recevoir des touristes. Notre niveau de vie s’est amélioré et nous sommes satisfaits de notre choix malgré quelques difficultés", affirme fièrement la jeune femme qui est cheffe du groupe des propriétaires de homestay.

Ses succès ont poussé les autres femmes du village à suivre ce modèle. Actuellement, Vat compte une quinzaine de familles accueillant des voyageurs de passage. Hông Tuoi explique les changements en cours : "Dans le passé, le travail des femmes appartenant à une minorité ethnique concernait essentiellement la cuisine et le tissage. Elles n’avaient presque pas de voix. Leur vie dépendait presque totalement de leur mari car l’homme était la principale source de revenu de la famille. Depuis que nous nous sommes lancés dans le tourisme, tout a changé. Nous sommes devenus plus confiantes et, surtout, nous avons contribué de manière significative au revenu familial et l’homme a été obligé de changer son attitude".

Tourisme communautaire

De même, Vàng Thi Thông, de l’ethnie Tày, commune de Ban Liên, district de Bac Hà, province de Lào Cai, se lance aussi dans le tourisme communautaire depuis fin 2019.


Vàng Thi Thông (centre), de l’ethnie Tày, district de Bac Hà, province de Lào Cai, prépare des plats pour les visiteurs logeant chez elle.  

Aujourd’hui, malgré quelques difficultés, notamment dues à la crise sanitaire, elle est satisfaite de son choix. "Quand j’en ai parlé à mon mari, il a été extrêmement surpris par mon idée. Mais petit à petit, j’ai réussi à le convaincre. Bien sûr, nous avons rencontré pas mal de difficultés parce que nous sommes la première famille ici à s’être lancée dans ce domaine. Construire le logement, acheter les équipements, préparer les repas…, tout cela n’a pas été facile", partage-t-elle.

Et d’ajouter : "Nous espérons que notre vie va changer grâce au modèle de séjour chez l’habitant. Et l’important, c’est que nous avons l’occasion de rencontrer des gens venant de tous les coins du pays et même de l’étranger, de leur présenter les sites touristiques de Bac Hà et de valoriser la culture Tày à travers nos plats traditionnels".

Esprit entrepreneurial

Les femmes issues des minorités ethniques sont confrontées à de nombreux défis, notamment celui de la langue vietnamienne qu’elles ne maîtrisent pas toutes. Par conséquent, cela limite leurs capacités à accéder aux informations et aux marchés. En outre, il existe encore des normes culturelles qui vont à l’encontre de leurs aspirations entrepreneuriales.


Luong Thi Diên est issue de l’ethnie Xa Pho, dans la commune de Chiêng Ken, district de Van Bàn, province de Lào Cai. Elle a été l’une des premières à participer au projet "Les femmes sont propriétaires de la chaîne de valeur des ramies". Celui-ci, mis en œuvre par l’Association des femmes du district de Van Ban, vise à encourager les femmes locales à cultiver la ramie afin de changer la structure des cultures rurales.

Luong Thi Diên (centre), de l’ethnie Xa Pho, ​une des premières à participer au projet "Les femmes sont propriétaires de la chaîne de valeur des ramies" dans la commune de Chiêng Ken, district de Van Bàn, province de Lào Cai (Nord).

"Au début, les participantes comme moi étaient très inquiètes, craignant de ne pas réussir car c’était une nouvelle plante. De plus, avec des plantes vivrières comme le riz, le maïs ou la pomme de terre, si l’on ne peut pas les vendre, l’on pourra toujours les manger ; tandis que pour la ramie, si la vente ne fonctionne pas, la récolte sera perdue. Grâce à notre détermination et au soutien de l’Association des femmes de Van Bàn, nous avons réussi le pari, et bien des femmes ont rejoint ce projet. Nous avons affirmé par là notre désir de faire fortune en exploitant les potentiels de notre terre natale", confie-t-elle.

Luong Thi Diên est aujourd’hui prête à partager son expérience, aidant d’autres femmes à se lancer dans ce projet. Pour elle, lorsqu’une femme décide de participer aux activités économiques, cela signifie qu’elle veut affirmer son rôle dans la famille et la société. "Nous nous sentons plus confiantes et plus valorisées. Nous sommes heureuses d’être libérées du vieil état d’esprit nous liant uniquement aux obligations familiales. La parti-cipation des femmes aux activités économiques contribue à leur autonomisation et au développement local", remarque-t-elle.

Malgré les difficultés, les femmes des minorités ethniques s’efforcent constamment de s’émanciper. Nombre d’entre elles sont devenues gérantes de coopératives, dirigeantes de groupes affiliés, cheffes d’entreprise...

"Nous apprécions hautement le rôle et la participation des femmes aux projets déployés dans notre localité, en particulier ceux concernant le tourisme communautaire. Ce sont elles qui aident les touristes à mieux comprendre les éléments culturels traditionnels de leurs ethnies", confirme Hoàng Van Khoa, vice-président du Comité populaire du district de Bac Hà.

De son côté, Hoàng Van Quang, vice-président du Comité populaire du district de Van Bàn, affirme que "les femmes issues des minorités ethniques assument bien leur rôle. Dans toutes les activités socio-économiques, elles montrent qu’elles travaillent bien, au moins aussi bien que les hommes".

Les efforts, l’esprit entrepre-neurial ardent et le soutien des autorités locales ainsi que des projets nationaux comme internationaux sont des points d’appui importants pour que ces femmes aient plus confiance en elles et renforcent leur voix au sein de la communauté.

Texte et photos : Phuong Mai/CVN