K’Truik, le valeureux cavalier du Tây Nguyên
26/09/2020 09:36
Tout de jean vêtu, bottes de cavalier, casque d’équitation… K’Truik avait de l’allure lors de la course hippique de Dà Lat. Sur son fidèle destrier Rambo, il a attiré tous les regards.

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K’Truik et des chevaux hybrides. Photo : TP/CVN

K’Truik est un jeune homme de Lach, une des nombreuses ethnies minoritaires des hauts plateaux du Centre (Tây Nguyên). Lors de la course hippique tenue fin 2019 à Dà Lat, bourgade d’altitude de la province de Lâm Dông, il a encore fait parler de lui. "K’Truit s’est taillé une sacrée réputation dans le dressage des chevaux de course. Il fait la fierté de notre village. Maintes fois, il a remporté des courses à Lâm Dông et même dans tout le Tây Nguyên", explique Kra Jan Plin, chef du village des Lach.

Selon Kra Jan Plin, les Lach, vivant au pied de la montagne Lang Biang, organisent depuis longtemps des courses hippiques lors des fêtes villageoises, notamment au printemps. Il s’agit de courses de montagne, par monts et par vaux, où les chevaux sont "montés à cru", c’est-à-dire sans selle.

"Monter à cru, c’est la particularité des courses hippiques du Tây Nguyên. On a l’impression de voler", ajoute K’Truik avec un large sourire. C’est l’occasion pour les jeunes hommes de rivaliser de talent, d’exprimer force, courage, liberté... L’occasion aussi pour les jeunes filles de faire des yeux doux aux plus valeureux des cavaliers…        

Jockey de père en fils

Situé à 10 km de la ville de Dà Lat, le village de K’Truik est adossé à la montagne de Lang Biang, relevant du district de Lac Duong. Dans ce village de l’ethnie des Lach, les habitants pratiquent traditionnellement l’élevage et le dressage des chevaux. De nombreuses familles en possèdent plusieurs têtes. L’amour pour les chevaux et l’art du dressage, K’Truik les a hérités de son père. Dès l’enfance, il s’est attaché intimement aux équidés qu’il considérait comme des amis.

"J’étais fier de pouvoir monter à l’âge de 5 ans, puis de les conduire à la pâture des 7 ans. En ce temps-là, les petits gardiens de chevaux aimaient bien se tester lors de courses  organisées  dans les champs. J’ai toujours vécu aux côtés des chevaux et je comprends le caractère et les habitudes de chacun d’eux… À 15 ans, j’ai commencé  à les dresser", se rappelle-t-il avec un brin d’orgueil. 

Course hippique sur le plateau. Photo : TP/CVN

K’Truik a réussi à dompter plusieurs chevaux de course qui se sont distingués lors de compétitions au Tây Nguyên, dans la province ou le district. Jicky, par exemple, a défendu à trois reprises son titre de champion de la course hippique annuelle de Lâm Dông. Maebêt et Rambi, ont aussi remporté maintes fois  des courses ces dernières années.

"Mon Rambi, à la robe toute noire, est un animal des plus admirables. Durant une longue période, il a été imbattable lors des courses locales. À tel point qu’en 2018, on m’a demandé de ne pas l’inscrire à une course, pour laisser la place aux autres !", s’enorgueillit le cavalier. Et maintenant, c’est son valeureux Rambo qui a gagné l’année passée presque toutes les courses du district et de la province. 

Un sauvage cavalier dompté par sa belle 

Selon K’Truik, il faut deux ou trois ans au moins pour bien former un cheval de course. L’animal doit suivre des entraînements réguliers sur des terrains variés - montagne, chemins accidentées, ruisseaux… - pour l’habituer aux variations de rythme. "L’important, c’est d’avancer graduellement tout en maintenant son corps bien en équilibre pour ne pas trébucher", souligne-t-il.

Avant de devenir cavalier professionnel, K’Truik a suivi une formation artistique à l’Université de la Culture de Hanoï, avant de tomber amoureux de sa belle enseignante Hà Thi Lan. "À l’université, K’Truik était très turbulent. Il ne semblait obéir qu’à moi. Quand je suis partie en mission au Laos pour enseigner, il a abandonné ses études pour me suivre. Là, il a gagné sa vie comme chanteur de rue. J’ai fini par le suivre à Lang Biang, sa terre natale. Et depuis j’élève les chevaux à ses côtés !", confie Hà Thi Lan, visiblement très satisfaite de sa nouvelle vie. 

Ces derniers temps, l’afflux des touristes à Dà Lat a permis à la petite famille d’organiser des balades à cheval pour les voyageurs désireux de découvrir la région de manière originale. Dinhlang, un ancien coursier de K’Truik, est l’une des montures préférées des touristes. "Je l’ai vendu, en 2010, à un cavalier professionnel de la province de Phu Tho (Nord). J’ai dû me rendre sur place pour le dresser. Deux fois consécutives, il a décroché le titre de champion du Vietnam. Il y a deux ans, Dinglang a pris sa retraite. Je l’ai racheté et l’ai ramené à Lang Biang", raconte K’Truik. Il précise avec fierté : "Récemment, sous les auspices d’un studio de cinéma du Centre, Dinglang a participé à un tournage sur une plage de Binh Thuân".
Nghia Dàn/CVN


Hybrides de races française et locale

Les chevaux de course que K’Truik a dressés sont tous des chevaux hybrides. Ils se vendent à des prix prohibitifs : Jicky coûte 120 millions de dôngs, Rambo 100 millions, Dinglang 100 millions, Rambi 80 millions …, contre 5-7 millions pour un cheval local.

Issus d’un croisement entre un étalon d’une race française introduite à Dà Lat en 1893 par le docteur Yersin et d’une jument locale, ces hybrides se distinguent par leur grande et belle stature, leur robe de velours, et leur vitesse de l’éclair hérités de l’étalon, et leur santé de fer héritée de la jument.