Phuoc Lôc et son étal de légumes au marché de la Terre en Australie
29/11/2020 09:35
Installé dans le marché de la Terre de Maitland, le stand de légumes de la Vietnamienne Phuoc Lôc est devenu un lieu très fréquenté par les personnes d’origine asiatique mais aussi par de nombreux Australiens.

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Phuoc Lôc est la seule vendeuse asiatique au marché de la Terre de Maitland en Australie.
Photo : ST/CVN

Née et ayant grandi à Hô Chi Minh-Ville, Phuoc Lôc ne disposait auparavant d’aucune expérience agricole. Lorsqu’elle a suivi son mari au Danemark, cette femme de 36 ans a essayé de cultiver quelques légumes et fruits. Mais le froid et son manque d’expérience avaient toujours raison de ses cultures.

Il y a quatre ans, Phuoc Lôc et son mari ont déménagé à Maitland, en Australie, dans une maison dotée d’un jardin de plus de 500 m². C’est là qu’elle a commencé à apprendre le jardinage bien plus méthodiquement.

Son jardin n’était surtout fait que d’argile, très sec pendant les jours d’ensoleillement et fragile après le passage des pluies. Le couple a d’abord dû défricher le terrain et le diviser en petites parcelles, arracher racines et mauvaises herbes, améliorer le sol en utilisant tous les restes de cuisine, les herbes et du fumier de poule et aussi y apporter du terreau.

Privilégier les produits frais et de saison

Le climat de Maitland est sec et chaud. Bien que le temps soit propice à la culture des plantes tropicales, les habitants doivent toujours se confronter à une météo avare en pluie et à une forte évaporation. Pour éviter ce phénomène et une trop grande sécheresse de son sol, Phuoc Lôc a dû installer un système d’irrigation.

Phuoc Lôc et son mari dans leur jardin.
Photo : CTV/CVN

Elle a graduellement acquis des expériences pour lutter contre les différents types de ravageurs de ses plantes et contre des maladies tout en veillant à trouver des solutions naturelles : tendre un filet, fabriquer un piège à insectes ou préparer une solution à base de piment et d’ail comme pesticide. En outre, la nouvelle jardinière s’est appuyée sur une méthode permettant la coopération entre les plantes semées et sur une forte densité pour limiter les maladies tout en augmentant le rendement des cultures.

En 2007, la quantité des fruits et légumes dépassait ses besoins de consommation. Par hasard, elle a découvert le marché Slow Food Earth Market Maitland, pas très loin de son domicile. Ce marché est l’un des plus grands parmi les 60 marché de la Terre dans le monde et est également le premier du genre en Australie. Il se tient le premier et le troisième jeudis de tous les mois, en plein cœur de Maitland. Les cultivateurs et producteurs locaux viennent y vendre leurs légumes, fruits, herbes, œufs, miel, olives, huiles, etc… directement au client.

Dans ce marché, les vendeurs ne doivent pas payer de frais d’installation. Au contraire, ils se voient même offrir des meubles, des nappes, des bâches ainsi que des promotions médiatiques. Les consommateurs peuvent donc bénéficier de produits biologiques, frais et à des prix abordables.

La carotte fait partie des légumes cultivés dans le jardin de Phuoc Lôc.
Photo : CTV/CVN

Venue s’installer pour y proposer son surplus, Phuoc Lôc a surpris du monde avec sa charrette de légumes variés : liserons d’eau, baselles, feuilles de patates douces, fleurs de courge et de bananier, etc.

Elle est la seule vendeuse asiatique du marché. "Environ 95% de mes clients sont Occidentaux, seulement 5% sont d’origine asiatique. Au début, ils achetaient mes produits par curiosité. Mais en fait je les conseille sur la manière de les cuisiner, notamment pour en faire des spécialités vietnamiennes, avec les légumes disponibles. Si mes légumes et mes recettes leur conviennent, ils reviennent souvent pour en demander davantage", raconte-t-elle.

En 2019, ses clients ont lui demandé d’organiser un cours de cuisine. "Alors je suis devenue une enseignante sans le vouloir. Bien que je sois occupée par mon travail principal, j’ai essayé de trouver du temps pour animer le cours", explique-t-elle.

Son mari est ingénieur en informatique et elle travaille dans un restaurant. Ils n’auraient pas pu imaginer que la passion de la culture leur apporterait autant de joie. Ils peuvent non seulement manger quotidiennement des légumes propres, gagner un revenu supplémentaire grâce au jardinage, mais aussi profiter du plaisir de partager des légumes et des recettes avec d’autres.

"Quand il y avait trop de légumes dans le jardin, j’allais au marché pour les vendre. Mais maintenant, aller au marché, c’est ma passion", partage Phuoc Lôc, avec un large sourire.


Un marché pas comme les autres

Le marché de la Terre de Maitland est un marché de produits frais qui se tient le premier et le troisième jeudis du mois. Ici, tous les étals réguliers contiennent des produits locaux, de saison et frais.

Ce marché offre plus que la possibilité d’acheter des produits fraîchement cueillis. Il permet aux consommateurs de rencontrer et d’interagir avec les personnes qui cultivent les aliments, de faire partie de la communauté au sens large et de soutenir les producteurs locaux (tous les exposants sont des producteurs locaux) qui travaillent dur pour que le système alimentaire reste "bon, propre et juste pour tous".

Les producteurs doivent démontrer leur aptitude avant d’être autorisés à vendre sur le marché de la Terre de Maitland. L’accent est mis sur les petits agriculteurs et les producteurs artisanaux. Le marché leur offre une opportunité importante de proposer leurs produits sans avoir à souffrir de la concurrence des grandes chaînes de distribution.

La production à petite échelle est également favorisée car ses produits sont souvent de haute qualité. Les producteurs sont priés de facturer un prix équitable pour leur travail et de s’engager à un traitement équitable de leurs employés.

La quasi-totalité des produits est vendue à chaque fois. Les restes éventuels sont donnés à des bénévoles du convivium Slow Food qui se chargent de préparer des centaines de repas destinés aux plus défavorisés.
 

Pham Thi Vuong Lu/CVN