Une vie meilleure des Ruc à Quang Binh
17/10/2021 08:50
Au cours de la dernière décennie, les Ruc ont connu de profonds changements, notamment économiques. Petit à petit, grâce aussi aux efforts des autorités locales, ils sortent de la pauvreté et trouvent leur indépendance financière.

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Sur la rizière de Ruc Làn, des Ruc de la commune de Thuong Hoa, province de Quang Binh (Centre).
Photo : BDT/CVN

Les Ruc, découverts à la fin des années 50 à Quang Binh (Centre), font partie des tribus les plus mystérieuses au monde. Leurs membres, 34 personnes à l’origine, vivaient de la chasse et de la cueillette en totale autarcie. Aujourd’hui, l’ethnie compte plus de 600 personnes et leurs membres bénéficient eux aussi du développement économique du pays. 
 
Vers l'autonomie économique

En 2019, Cao Xuân Luc et sa femme Cao Thi Liên, de l’ethnie Ruc, dans le village d’On, commune de Thuong Hoa, province de Quang Binh (Centre), ont demandé à sortir de la liste des ménages pauvres. Ils ont été suivis par d’autres familles Ruc comme Trân Xuân Vinh (village d’On), Cao Xuân Nhac, Ho Pua (village de Mo O O O), qui ont également postulé pour "échapper à la pauvreté”.

Dinh Thanh Van, secrétaire du Comité populaire de la commune de Thuong Hoa, fait savoir qu’habituellement les dirigeants locaux reçoivent plutôt des demandes d’habitants voulant être reconnus comme pauvres afin de recevoir des soutiens étatiques. Néanmoins, ils ne furent pas surpris de la décision des Ruc. En effet, ces derniers sont capables aujourd’hui de développer une économie familiale prospère.

"Après avoir reçu leur demande, les autorités locales ont évalué leur situation, avant de décider de les retirer de la liste des foyers déshérités. Nous les considérons vraiment comme de bons exemples, qui pourraient inciter d’autres personnes de la commune à les suivre", partage M. Van.

Si les Ruc sont en capacité aujourd’hui se sortir par eux-mêmes de la pauvreté, c’est aussi parce qu’ils ont été formés pendant plusieurs années par les autorités locales et les soldats du poste de garde-frontière. On peut citer par exemple les projets intitulés "Jardin modèle", "Classe d’alphabétisation", "Enfants adoptifs du poste des garde-frontières" ou "Lumière de la zone frontalière", qui leur furent d’une grande aide. 

Cao Xuân Luc, Trân Xuân Vinh, Cao Xuân Nhac et Hô Pua appartiennent tous à la 2e génération de l’ethnie Ruc après avoir été découverte. Ils se sont rendus compte que ce n’est qu’en vivant de manière indépendante que leur vie pouvait s’améliorer, et qu’ils ne pouvaient pas compter sur le soutien de l’État éternellement. Cao Xuân Luc informe que sa famille possède actuellement trois hectares de forêt, cinq buffles et vaches sans compter un grand nombre de volailles. Sa vie s’améliore de plus en plus. C’est la raison pour laquelle il a demandé de sortir de la liste des familles pauvres.

Dans le droit chemin

L’élevage permet à de nombreuses familles Ruc à Quang Binh (Centre) de sortir de la pauvreté.
Photo : BDT/CVN

Comme M. Luc, Cao Xuân Nhac, domicilié dans le village de Mo O O O, a fait de même après avoir obtenu un revenu assez stable. "Grâce à l’aide des garde-frontières, ma famille a cultivé du riz aquatique, nous permettant d’avoir suffisamment de riz pour toute l’année. Nous élevons également des vaches, des porcs et avons même planté des forêts. C’est pourquoi, notre économie s’améliore de plus en plus. Nous ne recevons plus de soutiens étatiques", dit M. Nhac.

En effet, ces dernières années, les Ruc, en particulier les jeunes, connaissent bien les potentialités et les avantages de leur localité pour développer l’économie et sortir de la pauvreté.

Depuis les années 90, le travail des autorités locales et de garde-frontières a permis aux membres de l’ethnie Ruc d’améliorer leurs conditions de vie en développant des productions familiales.

C’est le cas de Hô Thi Pay, originaire du village de Mo O Ô Ô, qui s’est mariée en 1992. Huit enfants sont nés de cette union, rendant encore plus difficile une vie déjà très pauvre. Mais les ennuis de la famille ne s’arrêtèrent pas là puisqu’en 2005, le mari décéda subitement, laissant sa femme et ses huit enfants seuls à leur triste sort.

Mais rapidement, une opportunité se présenta à Hô Thi Pay quand les garde-frontières commencèrent à mettre en œuvre un projet de riziculture aquatique à Ruc Lan. Depuis lors, l’assistance ne s’est pas arrêtée et Mme Pay produit annuellement deux tonnes de riz et a pu élever neuf vaches, trois cochons et planté trois hectares de forêt, lui permettant d’obtenir un revenu annuel de plus de 70 millions de dôngs.

Egalement dans le village de Mo O Ô Ô, le jeune couple Vao Van Diêu et Hô Thi Thin dispose aujourd’hui d’une maison confortable, de quatre hectares de forêt, de quatre porcs reproducteurs et d’une bassecour, leur apportant un revenu de
80 millions de dôngs par an. 

Au village d’On, grâce au boisement et à l’élevage, de nombreux ménages Ruc comme Trân Xuân Vinh, Cao Xuân Luc, Cao Xuân Lanh ont échappé à la pauvreté et ont une vie prospère. Cao Xuân Lành, par exemple, qui était auparavant un bûcheron illégal, est devenu un bon planteur.

"En 2011, après avoir été découvert à travailler dans une exploitation forestière illégale, moi et cinq jeunes Ruc avions kidnappé trois gardes forestiers et les avions attachés dans la forêt profonde. Cet incident m’avait coûté plus d’un an de prison", se souvient M. Lành. Rééduqué, il a été amnistié moins d’un an plus tard et est rentré dans sa communauté. Depuis cet événement, Lành a complètement renoncé à l’exploitation forestière. Au contraire, il s’est mis à reboiser avec passion le village d’On. Ce ne sont pas moins de cinq hectares de forêt qu’il a aidé à replanter. Grâce aux revenus du boisement et de l’élevage de buffles et vaches, sa vie s’améliore de plus en plus. Il a pu récemment construire une maison vaste et confortable.

Le secrétaire du Comité du Parti de la commune de Thuong Hoa, Dinh Thanh Van, déclare que la résolution du Congrès du Parti de la commune de Thuong Hoa pour le mandat 2020-2025 continue d’identifier le boisement et l’élevage comme deux programmes économiques clés de la commune. Actuellement, les villages des Ruc comptent au total 118 ha de forêt et un cheptel de 400 buffles et bœufs…
 
Huong Linh/CVN